Comment Abdesalem Lassoued a-t-il appris à se servir d'une arme de guerre ? "Se procurer une arme est aussi simple que de commander un Uber"
Le trafic d'armes illégales en provenance des pays de l'est n'a jamais été aussi important et s'en procurer est "d'une facilité déconcertante". Explications.

- Publié le 20-10-2023 à 06h38
- Mis à jour le 23-10-2023 à 18h09

Comment Abdesalem Lassoued a-t-il pu se procurer son AR-15 et comment a-t-il appris à se servir d'une telle arme lourde ? Voici l'une des questions clés à laquelle doivent répondre les enquêteurs dans le cadre de l'attentat survenu lundi dernier au cours duquel deux ressortissants suédois ont été tués.
De plus en plus d'armes de guerre issues du marché noir sont utilisées en Belgique. On l'a vu récemment lorsqu'un individu a été tué par 17 tirs de kalachnikov à Anderlecht où lors de l'arrestation, ce mardi, de sept individus lourdement armés qui s'apprêtaient à récupérer une cargaison de plusieurs tonnes de cocaïne au port d'Anvers. Des moyens lourds dignes de ce que l'on voit dans les films.
Des grenades accessibles à 50 euros
Aujourd'hui, les criminels n'ont aucun mal à se procurer ces armes lourdes qui sont facilement accessibles sur le Darknet mais qui sont également en vente dans plusieurs quartiers chauds du pays. Outre les armes à feu, il est également aisé de se procurer des armes de type grenade à 50 euros, selon le juge d'instruction Michel Claise.
En revanche, le mode opératoire des ventes diffère du passé, rendant la tâche des policiers et enquêteurs plus compliquée. "À l'époque, les armes étaient retrouvées lors de perquisitions dans des caves, des coffres de voiture. C'est encore régulièrement le cas mais de plus en plus de criminels vont jusqu'à cacher des sacs dans des forêts et espaces verts, à l'instar de ce qui se fait en France, rendant la détection très compliquée voire impossible pour les enquêteurs", explique une source anonyme qui travaille au sein d'un département stratégique de la sécurité bruxelloise.
Des armes cachées en forêt de Soignes
Ainsi, il s'avère que la pratique visant à cacher des armes lourdes dans des parcs et forêts est de plus en plus répandue. "Les protagonistes savent que les enquêteurs peuvent sans mal remonter à leur trace grâce aux empreintes ADN. Au lieu de détruire les armes, ils les planquent. C'est la raison pour laquelle lors des perquisitions, les enquêteurs ne trouvent pas toujours les armes recherchées", détaille-t-il. "Elles n'ont en réalité pas disparu, elles sont simplement ailleurs. C'est notamment le cas en forêt de Soignes ou dans le parc de la cité du Peterbos à Anderlecht."
Ensuite, ces armes peuvent à nouveau être utilisées par d'autres bandes criminelles. "Elles peuvent être utilisées par des narcotrafiquants qui travaillent dans un même réseau, servir dans le cadre d'un échange de deal avec des organisations étrangères ou entre des organisations djihadistes. Ces armes sont également utilisées dans le milieu du grand banditisme dans le cadre de braquages et de kidnapping", poursuit notre source.
Leur provenance émane le plus souvent des pays de l'est. "Il y a une dizaine d'années, ces armes étaient détournées des guerres de Yougoslavie. Aujourd'hui, elles proviennent notamment du conflit en Ukraine. L'espace Schengen permet la libre circulation des marchandises et cela vaut aussi pour les armes. Elles peuvent transiter par la Moldavie, la Roumanie, l'Espagne, la France ou les Pays-Bas. Leur prix dépend de leur état, de leur utilité via des intérêts communs, du stock commandé", poursuit-il.
Un criminel bien renseigné peut se procurer une arme en 20 minutes
L'offre et la demande sont devenues tellement importantes que des personnes qui ont des contacts dans le milieu, qui ont gagné la confiance de réseaux criminels, peuvent rapidement s'en procurer. "Si un criminel a de 'bons' contacts et est fiable, qu'il donne la somme nécessaire, alors il ne faut pas plus que 20 minutes pour se procurer une arme de guerre. S'en procurer est d'une facilité déconcertante. C'est devenu aussi simple pour eux que de commander un Uber !"
"Un jour ou l'autre, une confrontation entre la police et des criminels munis d'armes de guerre aura inévitablement lieu. Il faut s'y préparer."
Dans ce contexte, le risque d'escalade de la violence est réel. "Je crains qu'avec la multiplication des conflits un peu partout dans le monde, le nombre d'armes lourdes disponibles va continuer à augmenter", explique le chef de groupe MR à Anderlecht Gaëtan Van Goidsenhoven. "Lorsque j'étais bourgmestre, nous avons déjà été confrontés à des jets de grenade dans le cadre d'un vaste plan d'action coordonné (le plan Octopus mené entre 2010 et 2012, NdlR) et ce risque d'incident risque de se reproduire. Un jour ou l'autre, une confrontation entre la police et des criminels munis d'armes de guerre aura inévitablement lieu. Cela aurait pu arriver lundi soir et il faut s'y préparer à l'avenir."