Le point sur le dossier EVRAS et les polémiques: cela s'est bien calmé...
C'est le sujet de la rentrée scolaire qui avait fait couler beaucoup d'encre. Les cours d'Éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (Evras) ont suscité de vives oppositions allant jusqu'à la dégradation d'école. Qu'en est-il désormais ?

- Publié le 04-03-2024 à 18h08

Rassemblements, fake news, écoles brûlées… Cinq lettres ont fait trembler l'enseignement à la rentrée scolaire cette année : l'Evras ou l'Éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle. Après les tensions, que reste-t-il désormais ?
"On n'a pas dû en arriver au recours à des gardes du corps heureusement. Il reste des écoles où les parents se posent encore beaucoup de questions mais la plupart du temps, cela se passe très bien", lâche Lola Clavreul, directrice de la Fédération des centres pluralistes de planning familial.
Il faut dire que la plupart des établissements scolaires prévoyaient déjà un espace dans leur programme pour l'Evras. Mais toutes les écoles n'ont pas accueilli les bras ouverts l'imposition de deux heures d'animation au minimum en 6e primaire et 4e secondaire. "Certaines ne voulaient pas que l'avortement ou l'homosexualité soit abordé. Ça a demandé aux écoles de se repositionner", indique Lola Clavreul.
Adultes mal à l'aise
Finalement, toute la polémique autour de l'Evras est retombée comme un soufflé ? Tant d'agitation pour que tout se déroule "très bien dans l'ensemble" ? "Cela a eu un impact, on a dû renforcer les espaces de discussion qui existaient déjà. Il y a eu tellement de fake news : apprendre la masturbation à 4 ans, diffusion de films porno, des animatrices qui se dénuderaient…", précise Lola Clavreul.
Un véritable travail de pédagogie a été effectué. Si quelques élèves ont suivi les animations Evras avec certaines inquiétudes et parfois un braquage hérité des parents, ce sont surtout ces derniers qu'il a fallu rassurer.
"La polémique part des adultes, de leurs craintes, de leur méconnaissance et c'est aussi politique. Aborder ces questions, même jeune, donne des armes et des ressources aux enfants qui seront mieux préparés", analyse Lola Clavreul. "On a besoin de faire un travail de lien sur des sujets qui mettent les adultes mal à l'aise. Les enfants ont des questions légitimes et en tant qu'adulte on doit prendre nos responsabilités sinon ils vont chercher une réponse à des endroits inappropriés (internet et films pornos)."
Groupuscules qui résistent encore
La pédagogie suffirait à faire mouche... dans l'ensemble. "La tension est vraiment redescendue. Une grosse majorité silencieuse de parents soutient l'Evras. Il y a encore des groupuscules très minoritaires et isolés qui continuent leur travail de sape avec des campagnes de désinformation et qui refusent que l'Evras réponde aux enjeux de la société", note Lionel Rubin, chargé de recherche "Études et stratégie" au CAL (Centre d'Action Laïque).
L'obstinante résistance chez certains va au-delà de l'Evras et alerte sur l'avenir de la démocratie de manière plus générale. "Ce qui est inquiétant, c'est le travail de sape d'un processus démocratique qui date d'il y a 50 ans. Il existe toujours un travail de fake news et c'est inquiétant plus pour la démocratie (IVG, communauté LGBT) que pour l'Evras en tant que tel", estime Lionel Rubin. "L'Evras est un processus qui a débuté dans les années 70, il ne va pas s'arrêter. On va aller vers un mieux et plus d'Evras. Il y a un consensus au niveau politique. On ne peut qu'espérer que la prochaine législature augmentera le nombre d'animation Evras."