La perpétuité requise contre Dardour et Jeddi, les coupables de l'assassinat de Soufiane Benali à Forest
L'accusation a demandé la perpétuité à l'encontre de Mohamed-Amine Dardour et Youssef Jeddi, coupables d'un assassinat commis à Forest, le 5 juillet 2020. Le jury est entré en délibération.

- Publié le 06-11-2024 à 18h45

Mohamed-Amine Dardour (25 ans) et Youssef Jeddi (23 ans) ; respectivement défendus par Me Mélanie Bosmans et Me Yannick De Vlaemynck puis Me Laura Pinilla et Me Stanislas Eskenazi ; sont coupables de l'assassinat de Sofiane Benali et d'une double tentative d'assassinat, le 5 juillet 2020. Cette nuit-là, leur véhicule a surgi rue Orban à Forest et le premier cité a fait feu sur la victime et deux de ses amis, dont l'un est un cousin du coauteur des faits. Les tirs de Uzi coûtent la vie à Soufiane Benali qui les gênait dans leur trafic de stupéfiants à Forest.
Le client de Me Ofelia Avagian, Mohamed Bakkali, est, lui, acquitté des faits. C'est ainsi que la cour d'assises de Bruxelles a tranché sur la culpabilité des accusés dans la nuit de mardi à mercredi dans une conclusion pour le moins houleuse. Les familles des accusés se sont apostrophées voire insultées avec les proches de la victime.
"Au moins notre fils est entre quatre murs lui ! ", lance les proches de Dardour à l'adresse de la famille Benali (23 ans). Le principal accusé, que le jury populaire estime être l'auteur des tirs ayant coûté la vie au jeune homme, termine son procès comme il l'a commencé : en parlant des mères de tout un chacun dans des termes imagés. Dardour est embarqué manu militari sous les cris de ses proches. Il est quasi trois heure du matin, les débats se poursuivront le lendemain.
"Ces tueurs"
Mohamed-Amine Dardour ne prendra pas place dans le box des accusés ce mercredi, pour les débats concernant la peine à lui infliger, ainsi qu'à Youssef Jeddi, considéré comme coauteur des faits. "Ce que vous avez décidé hier ne peut pas se conjuguer avec des peines clémentes. Personne ne le comprendrait, ni les proches, ni moi, ni la société civile et ni, peut-être, vous-même", déclare en préambule l'avocat général Thierry Moreau.
Pour l'accusation, il n'y a aucune circonstance atténuante à retenir pour "ces tueurs", expose l'avocat général. Il requiert donc la prison à perpétuité à l'encontre de Dardour et Jeddi. "Pour tuer une seule personne, ils étaient prêts à en tuer deux autres."
"Un gamin"
"Il y a la Justice et ce qui est juste", commence Me Eskenazi. Le pénaliste rappelle que Jeddi, qu'il décrit comme "un gamin", "un suiveur" n'a pas tiré ce soir-là. "Il devra assumer maintenant mais nous sommes tous les conséquences de nos parcours de vie et j'espère que vous l'entendrez, ça aurait aussi pu être votre gamin", expose-t-il encore.
Me Laura Pinilla enchaîne sur le jeune âge de Youssef Jeddi à l'époque, 19 ans. À peu de chose près, il dépendait du tribunal de la Jeunesse rappelle-t-elle. "Mais on vient vous dire aujourd'hui qu'être jeune au moment des faits n'est pas une circonstance atténuante alors qu'il y a tout un monde judiciaire parallèle qui leur est réservé", poursuit la pénaliste. "La perpétuité, c'est l'abandon de toute rédemption, de toute réinsertion, c'est la fin de la seconde chance", déclare Me Pinilla rappelant les conditions de détention en Belgique et la difficulté d'obtenir une libération conditionnelle.
La parole est laissée aux avocats mandatés par Mohamed-Amine Dardour pour parler en son absence, Me De Vlaemynck et Me Bosmans. "Il existe des mécanismes qui sont bien plus efficaces que la perpétuité, où l'on met les victimes à la même table que des auteurs", souffle Me Bosmans en référence au programme de justice restauratrice, comme il en existe au Plat Pays. "Mohamed-Amine, c'est un gamin qui est passé à côté de son procès, à côté de l'essentiel. Quels que soient les faits que vous lui imputez, c'est quelqu'un qui est dans l'autodestruction. Des profils de ce genre de dealers, eux-mêmes consommateurs de cocaïnes, ce n'est pas fréquent", plaide-t-elle en exposant le harcèlement scolaire qu'il aurait subi.
Le jury est entré en délibération.