Treize ans après, Largo Winch a toujours la frite
Largo Winch : le prix de l'argent. Réalisée par notre compatriote Olivier Masset-Depasse, la troisième aventure cinématographique de l'aventurier milliardaire en met plein la vue.

- Publié le 06-08-2024 à 16h02


Après des années 2008 et 2011 pour le moins mouvementées, le groupe W prospère depuis 13 ans dans le monde de la haute finance et des nouvelles technologies. Une réussite trompeuse. En quelques heures, Largo Winch (Tomer Sisley) est en train de tout perdre : son fils Noon, enlevé par un dangereux tueur insensible à la douleur (James Franco), son usine technologique de pointe au Canada, ses plus proches collaborateurs étrangement enclins au suicide tout en l'accusant de tous les maux, la présidence du conseil d'administration suite à la procédure lancée par le "fidèle" Cochrane et même sa liberté. Autant dire que "Le prix de l'argent" sera élevé pour lui. Pour se sortir de ce piège infernal, il ne peut compter que sur une jeune influenceuse débrouillarde, Bonnie (Elise Tilloloy) et sa secrétaire, Chloé (Clotilde Hesme). C'est peu, mais même s'il n'est plus aussi fringant qu'avant ("C'est ça le fameux Largo Winch ? Il ne serait pas temps de se remettre au sport ?", lui lance Bonnie avec impertinence alors qu'il éprouve des difficultés à s'évader par une fenêtre), il en faut beaucoup plus pour lui faire rendre les armes.
Le choix d'Olivier Masset-Depasse comme réalisateur et scénariste pouvait surprendre a priori. Sa filmographie tirait plus vers le cinéma d'auteur (Illégal) ou le thriller à la belge (Duelles) que vers l'action hollywoodienne. Mais dès la première scène, il rassure totalement. Pour tenter de sauver Noon de ses ravisseurs, Largo multiplie les cascades à moto dans la jungle thaïlandaise, pare comme il peut les tirs de mitraillettes et se bat à mains nues à l'arrière d'un pick-up quitte à valser par-dessus bord. Visuellement, c'est très impressionnant.
La suite reste du même tonneau : hologrammes, réalité virtuelle, massacres à la chaîne (et parfois d'une cruauté presque insoutenable, comme lorsque deux yeux sont crevés), course-poursuite sur la neige entre un coffre de toit (oui, oui…) et un quad, explosions, destruction de bâtiments avec un bulldozer, on en prend plein la vue. Et pendant ce temps, l'intrigue évolue entre souvenirs douloureux du passé, psychologie familiale complexe, manœuvres financières, vengeance, nostalgie et décisions tortueuses aussi indispensables qu'impossibles à prendre.

Histoire d'encore enrichir le tout, Olivier Masset-Depasse truffe le récit de références à Blade Runner, Terminator, John Wick, Sin City ou l'univers graphique de science-fiction de Moebius. Un régal.
Une confrontation musclée entre Tomer Sisley et James Franco
Tomer Sisley, forcément torse nu dès la première scène (on ne se refait pas…), apporte plus de rudesse et de noirceur à son personnage que dans les deux films précédents. Désormais, il joue des failles, des faiblesses de Largo pour le rendre plus humain, moins héroïque. Face à lui, James Franco, par contre, s'amuse comme un petit fou à incarner une véritable ordure démoniaque et totalement dénuée de sensitivité, qu'elle soit morale ou physique. On sent dans son jeu le plaisir de pouvoir noircir le tableau au maximum, de dominer ses adversaires de sa puissance et de son machiavélisme. Ce n'est pas très subtil, mais diablement efficace.
Cela faisait longtemps qu'on n'avait plus vu un film francophone capable de concurrencer Hollywood sur le terrain de l'aventure et de l'action. Inutile de chercher plus loin le grand gagnant belge du box-office en 2024 (une performance pas bien compliquée à réaliser, il est vrai…) : Largo Winch : le prix de l'argent ne marquera peut-être pas l'histoire du cinéma, mais atteint joliment son objectif, à savoir distraire pendant 1 h 39 avec un grand show à visionner sur écran géant.
