À Ophain, la boulangerie La Grange au bord du gouffre : "46 ans de service et rien en bout de chemin"
Jojo ira manifester chez les ministres rue de la Loi, mardi prochain.
- Publié le 08-10-2022 à 12h00
- Mis à jour le 08-10-2022 à 12h08

La spirale infernale de la crise continue de faire des victimes : explosion du prix des charges, augmentation du coût des matières premières, indexation des salaires, diminution du panier moyen, frilosité des consommateurs, etc. À 66 ans, Jean Fruimes, alias Jojo, perd pied face à cette tornade de l'inflation.
"J'ai sacrifié ma vie, mon couple"
Aujourd'hui, la boulangerie La Grange à Ophain, véritable institution dans le Brabant wallon est à deux doigts de mettre la clef sous la porte. Originaire du Luxembourg, Jojo s'installe à Braine-le-Château lorsqu'il a 21 ans. Il ouvre alors la boulangerie Ardennaise. Obligé de revendre à cause de soucis de santé, Jojo reprend une petite tournée de levure dans la région. Très vite, il se rend compte que sa place se trouve dans l'atelier et décide de racheter une petite boulangerie, sur la place d'Ophain.
En 1986, la boulangerie La Grange était née. Cet artisan, amoureux du travail bien fait n'a jamais compté ses heures. Il est aujourd'hui désespéré de voir le sort réservé aux petits commerçants mais également à ses clients : "Les gens n'ont plus les moyens de venir chercher leur pain. On tue les petits artisans au profit des grandes chaînes de distribution qui vendent du pain surgelé et par conséquent, on tue le goût des bonnes choses."
"J'ai sacrifié ma vie, mon couple, mes enfants pour ce métier. Aujourd'hui, je regrette d'être passé à côté de ma vie pour au final, n'avoir rien au bout du compte."
100 000 € de gaz et électricité par an, 90 000 € de lois sociales, le prix de la farine et du lait a doublé et celui du beurre a triplé. "Il me faut 12 000 € net de rentrée supplémentaire par mois si je veux que la boulangerie soit viable. Comment fait-on ?"
100 000 € de gaz et électricité par an
Jojo se trouve dans une impasse : prendre sa retraite ? Oui, mais qui est aujourd'hui capable de reprendre le flambeau dans un secteur qui est en première ligne de la crise ? Continuer ? C'est accumuler les dettes, sans savoir pendant combien de temps encore. Déposer le bilan ? Peut-être la meilleure solution pour couper l'hémorragie…
"Nous sommes dans une voiture qui roule à 200 kilomètres à l'heure et qui va droit dans un mur. Et ça fait bien longtemps que l'Europe a lâché le volant. Aujourd'hui 700 millions d'Européens sont sanctionnés par les desiderata d'un seul homme."
Mais Jojo n'a pourtant pas donné son dernier mot. Accompagné de plusieurs collègues dont le célèbre chocolatier belge, Jean-Philippe Darcis, ils ont rendez-vous mardi, rue de la Loi pour interpeller les ministres. "Nous ne nous battons pas seulement pour nous, mais pour tous les indépendants de Belgique. Nous irons toquer jusqu'à la porte du Roi et de la Reine s'il le faut."