Procès Falzone : un adolescent, gille pour la première fois, vit avec la mort de Frédéric D'Andrea sur la conscience
Le gille martyr l'a poussé avant d'être propulsé sur le capot de la BMW, puis écrasé par celle-ci. Le frère de Frédéric le rassure, il n'est pas responsable.
- Publié le 11-05-2026 à 16h58
- Mis à jour le 11-05-2026 à 17h45
Dans le drame de Strépy-Bracquegnies, survenu le 20 mars 2022, des familles entières ont été profondément marquées. Lundi après-midi, la cour a entendu plusieurs témoins, parmi lesquels des membres d'une même famille. Ce jour-là, ils accompagnaient un garçon de douze ans qui participait pour la première fois au carnaval en tant que gille. Sa maîtresse d'école, Christine Chavrepierre, est décédée deux ans après le drame.
Ils sont venus raconter cette nuit d'horreur avec beaucoup d'émotions et de pudeur, dans une salle d'audience dans laquelle on n'entendait que les bruits des larmes.
Xavier, le tonton du gille, se souvient encore avec émotion de cette nuit tragique. Invité par son frère, il raconte avoir vu surgir des phares et une voiture arrivant à vive allure.
Au moment de l'impact entre la BMW et le cortège des gilles, Xavier se trouvait sur le trottoir. Son fils marchait à l'avant avec son cousin, qui faisait le gille.
Incapable de passer dans cette rue
Il raconte la scène après l'impact avec le cortège. "La voiture s'est déportée sur la gauche de la rue des Canadiens, elle a freiné, puis elle est repartie", raconte-t-il. "On entendait les grelots du gille passer sous la voiture. " Après le choc, des cris ont éclaté et plusieurs personnes se sont mises à courir derrière le véhicule.
Dans la confusion, Xavier ignorait où se trouvait son fils et dans quel état il était. "Les secondes paraissaient des heures. Il y avait des victimes partout." Son fils ne souffrait finalement que d'une légère blessure au front, mais depuis les faits, il souffre d'épilepsie et doit suivre un traitement lourd.
Depuis ce drame, Xavier dit ne plus être le même. "J'ai énormément de mal à repasser dans cette rue." Habitant du quartier, il s'interroge également sur le trajet effectué par Paolo Falzone après les faits. "Rejoindre la rue Aubry avec deux personnes coincées dans l'habitacle, sans rien voir, cela me paraît impossible. Il y a des virages, il faut connaître parfaitement l'endroit. Même les yeux bandés, alors que j'habite ici depuis quinze ans, je n'y arriverais pas."
L'accusé lui a présenté ses excuses, affirmant avoir roulé à environ 30 km/h pour rejoindre la rue Aubry. Une vitesse supérieure de vingt kilomètres/heure à celle qu'il avait évoquée précédemment, mais inférieure aux estimations de l'expert judiciaire. Il explique s'être repéré grâce aux voitures stationnées le long de la route.
Pour Xavier, cette affaire a bouleversé son existence. "Dès que j'entends un bruit sourd, comme sur la vidéo montrée la semaine dernière, je suis immédiatement en état de stress."
Des détonations
Maria, l'ex-compagne de Xavier, explique que tout était réuni ce jour-là pour passer un moment heureux autour de leur neveu qui faisait le gille. Placée à l'arrière du cortège, elle servait un verre à des amis lorsque le groupe avait déjà tourné au coin de la rue.
"Je me suis dirigée vers le trottoir pendant que mon fils avançait vers l'avant du cortège. En discutant avec quelqu'un, j'ai soudain vu une masse arriver comme un projectile. Puis j'ai entendu plusieurs détonations : "bam, bam, bam". Ensuite, plus rien. Comme si tout s'était éteint d'un coup. Un silence de mort."
Paniquée, elle a immédiatement cherché son fils. "Mon cerveau s'est bloqué. Je voulais juste retrouver mon enfant. C'était indescriptible. J'étais incapable d'aider qui que ce soit, j'étais complètement sous le choc. "
À l'hôpital, elle a compris que son fils ne serait plus jamais le même. S'adressant aux accusés, elle leur demande s'ils mesurent ce que représente la peur de perdre "la chair de sa chair".
Les parents et leur fils gille
Michaël et Stéphanie accompagnaient leur fils, qui participait pour la première fois au carnaval en tant que gille. Michaël raconte avoir vu la voiture surgir à grande vitesse, suivi d'un bruit de fracas et de corps projetés dans les airs.
"Mon frère voulait poursuivre la voiture, mais je lui ai dit de ne pas y aller. J'ai vu le véhicule redémarrer", explique-t-il. Michaël affirme avoir tenté de porter secours à Frédéric Cicero, mais il était déjà trop tard. Il s'est alors occupé d'une autre victime.
Stéphanie, elle, se souvient de cette nuit commencée bien avant l'aube. "J'ai préparé mon fils pour le ramassage dès 2 heures du matin. Nous sommes sortis vers 4h45. Je voulais avancer pour le voir. Puis, d'un seul coup, j'ai regardé derrière moi : j'ai aperçu une voiture noire et ses phares. J'ai entendu l'impact. La voiture a freiné avant d'accélérer dans le cortège. Ensuite, je ne pensais plus qu'à retrouver mon fils au milieu de cette scène d'horreur."
Plus tard, son fils lui a raconté qu'un gille l'avait poussé hors de la trajectoire du véhicule, lui sauvant ainsi la vie. Cet homme s'appelait Frédéric D'Andrea.
"Mon fils vit avec cela chaque jour", confie Stéphanie. L'enfant reste profondément marqué par le drame. "Son enfance lui a été volée. Il se révolte et se demande pourquoi celui qui lui a sauvé la vie a, lui, perdu la sienne."
Dans la salle d'audience, un silence pesant s'installe. Quelques sanglots résonnent. Personne ne semble pouvoir rester insensible à ce témoignage. Paolo Falzone serre les mâchoires tandis que la présidente, d'une voix calme et apaisante, tente de soutenir la famille.
Me Mayence, Me Discepoli et le frère de Frédéric D'Andrea rappellent à l'enfant qu'il n'est pas responsable de la mort du gille. Le seul responsable, c'est Paolo Falzone, l'homme qui dit avoir pris la fuite car il avait peur d'être lynché.
C'était l'heure des retrouvailles
Frédéric et Nathalie avaient eux aussi été invités à ce carnaval. Après les années Covid, ils se réjouissaient de retrouver des amis, des collègues et des passionnés de folklore.
"Nous étions tout à l'arrière, à droite, entre le trottoir et la chaussée", raconte Frédéric. "J'ai entendu une forte accélération. J'ai vu arriver un véritable missile. Des corps étaient projetés en l'air, des gilles, des grelots… À aucun moment je n'ai vu la voiture freiner. Puis il y a eu un silence terrible, suivi des cris et des pleurs."
Frédéric fait partie des personnes ayant immédiatement appelé les secours. "Voir autant de proches blessés, des amis d'enfance… c'est comme si le monde s'effondrait autour de nous. Cela semblait irréel."
Nathalie évoque, elle aussi, un bruit assourdissant, "semblable au grondement continu d'une aire d'autoroute". En se retournant, elle a aperçu les phares du véhicule. Après l'impact, elle a retrouvé son téléphone avant de chercher son mari, occupé à porter secours à une victime.
"Il me demandait de mettre une femme en position latérale de sécurité parce qu'elle perdait beaucoup de sang. Ce n'est qu'après que j'ai compris que j'étais blessée à l'avant-bras. La douleur était intense. Je me suis allongée sur un muret en attendant les secours."
Dans le chaos, le couple tentait désespérément d'obtenir des nouvelles de leurs amis, parmi lesquels figuraient Salvatore, Michelina et Vito, trois victimes décédées. "Les informations qui arrivaient étaient de pire en pire. J'ai vu des corps recouverts de draps, des marqueurs placés près des morts", confie Nathalie, qui dit ne plus se souvenir du bruit des ambulances tant le traumatisme reste présent.
"Nous ne demandions rien à personne. Et lui, avec son engin de mort, est venu nous faucher", ajoute Frédéric, dont le pied droit a été fracturé. "Cette colère ne me quitte jamais. " Nathalie affirme, quant à elle, s'être "éteinte" ce jour-là.
Leur fille adolescente n'était pas présente lors du drame, mais elle en subit encore aujourd'hui les conséquences à travers la souffrance de ses parents. Tous deux disent éprouver une profonde culpabilité d'avoir survécu. Frédéric confie même avoir tenté de mettre fin à ses jours, avant d'être aidé et soutenu.
Enfin, Hervé se souvient de bruits, "comme des pétards pirates", et des gens qui volent en l'air "comme des poupées chiffons". Mathys, quant à lui. Il a vu le corps de Frédéric D'Andrea sur la voiture. "J'ai suivi ce véhicule en courant pour aider le gille. J'ai vu les phares de frein s'allumer, le gille tomber par terre et j'ai vu ce véhicule repartir et rouler sur la tête du gille".
On n'a pas fini de pleurer dans cette salle d'audience… D'autres témoins sont attendus durant la semaine.

