Inondations de 2021 à Rochefort : "La satisfaction d'avoir anticipé, la frustration d'avoir été dépassé"

Les inondations du 14 juillet 2021 ont touché Rochefort, heureusement sans faire de victime. Entre autres, notamment, grâce à la proactivité des services de secours.

S.M.

Les inondations du 14 juillet 2021 sont encore dans les têtes de tous les Belges. Encore plus dans celles des Rochefortois.
Ce 14 juillet, le porte-parole de la zone Dinaphi Patrice Liétart, par ailleurs lieutenant à la caserne de Rochefort, s'en souvient comme si c'était hier. Il est 1H00 du matin lorsqu'un premier appel est passé aux secours. Il concerne l'évacuation d'un camp scout. Une opération que ses hommes et lui répéteront tout au long de la nuit. Au total, 1.700 scouts seront évacués. "C'était la drache, sans discontinuer. Et quand un Belge dit ça, c'est qu'il se passe quelque chose."

Patrice Liétart est en état d'alerte. Encore plus que ses homologues rochefortois. Au fil des heures, l'homme analyse la pluviométrie et scrute le niveau de la Wamme et de la Lhomme. "L'IRM annonçait 100 à 150mm de pluie/m² pendant 72 heures. Les gens ne font pas forcément bien la conversion mais cela équivaut à 100-150l/m². C'est énorme. La difficulté était de convertir ces prévisions sur le terrain. Le fait que je ne suis pas Rochefortois (Ndlr : il est Hennuyer) m'a permis de prendre du recul par rapport à cela. Ce jour-là, j'entendais les Rochefortois, y compris certains pompiers, dire que l'eau n'avait jamais dépassé tel muret ou tel parapet par le passé. Moi, je voyais l'eau monter et ça sentait franchement l'oignon."

En concertation avec la police, il est décidé de procéder aux premières évacuations le 14 juillet dans l'après-midi. "On demandait aux riverains d'évacuer. Si cela n'était pas possible, de se réfugier au premier étage de leur habitation, de bouger leur voiture et de faire des réserves de médicaments et de nourriture. Rue de la Batte, on a sorti des gens de force de chez eux alors que l'eau de la rivière était encore dans son lit", se souvient Patrice Liétart.

A 21h00, Patrice Liétart profite d'une accalmie pour prendre quelques heures de repos après 19h de boulot. "A 1h00 du matin, mon bip sonne. C'est le chaos. Il y a un mètre d'eau Avenue de Ninove, rue située à 100m de la Lhomme", se remémore le lieutenant. L'eau s'installe dans les rues rochefortoises. On est le 15 juillet. "A 5h00 du matin, on était au plus fort des inondations. Les gens demandaient de l'aide mais on ne savait plus rien faire. On a quand même tenté des interventions mais en prenant beaucoup de risques. On a crevé des zodiaques, cassé des hélices, retourné un unimog,... Les pompiers, dont un quart était par ailleurs touché par les inondations, ont risqué leur vie."

Le 16 juillet, la décrue commence. Le niveau de l'eau diminue aussi vite qu'il n'est monté. L'heure est au constat. Des centaines d'habitations sont sinistrées. Certaines sont déclarées inhabitables. Les routes doivent être nettoyées. D'autres condamnées. "J'ai alors vu une grande solidarité à Rochefort, beaucoup d'entraide." Les déchets s'amassent sur les trottoirs. Une grande partie d'entre eux sont pris par le centre de tri des déchets, CETT Monseu, situé à 2km de là.

Si les inondations ont fait énormément de dégâts à Rochefort, elles n'ont heureusement pas fait de victime. Sans doute grâce à l'anticipation des services de secours. "Mais on n'est pas passé loin", poursuit Patrice Liétart. "Un an plus tard, on est partagé entre le sentiment de satisfaction d'avoir anticipé tout cela et celui de la frustration d'avoir été dépassé par l'ampleur de l'événement."

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