Les 10 ans de l'année Gilbert (2/9): "Au pied du Cauberg, on savait déjà que Phil allait gagner"
Déjà vainqueur en 2010 sur les hauteurs de Valkenburg, Philippe Gilbert s'offrait, il y a dix ans, le deuxième de ses quatre succès sur la classique néerlandaise.

- Publié le 16-04-2021 à 19h16
- Mis à jour le 29-07-2021 à 22h57

La précision des souvenirs donne à l'événement les contours nets d'une journée encore récente. Lorsque nous avons demandé à Marc Sergeant d'évoquer le succès de Philippe Gilbert sur l'Amstel Gold Race 2011, le Brabançon n'eu aucun besoin de triturer les méandres de sa mémoire pour en ouvrir les bons tiroirs.
"Je pourrais presque vous réciter le scénario de la course avec la composition des différentes échappées et l'évolution des écarts, rigole celui qui était alors le manager de l'équipe Omega Pharma-Lotto. Dans ma carrière de dirigeant, j'ai eu le bonheur de vivre de grands moments comme le doublé Tour des Flandres-Roubaix de Peter Van Petegem en 2003, mais la saison 2011 que nous avons vécue avec Philippe est encore un cran au-dessus pour la simple et bonne raison que l'euphorie de la victoire a duré… toute l'année (rires) !"
Déjà vainqueur d'une étape du Tour d'Algarve, des Strade Bianche, d'une étape de Tirreno-Adriatico mais aussi de la Flèche brabançonne quatre jours plus tôt, l'Ardennais se présente cette année-là au départ de Maastricht avec une énorme pancarte de favori dont la colle est accrochée à son cuissard depuis son premier succès sur les hauteurs de Valkenburg douze mois plus tôt.
"J'ai toujours été convaincu que le Cauberg était la difficulté qui convenait le mieux aux qualités naturelles de Phil, poursuit Sergeant. Elle nécessite de l'explosivité mais aussi beaucoup de force et la longueur de l'effort qu'elle exige cadre parfaitement avec les intensités qu'est capable de soutenir le Wallon. En 2009 déjà, il avait remporté le sprint du peloton derrière le trio Ivanov-Kroon-Gesink. Et en 2010, il avait fait bingo (rires) ! Au regard de l'état de forme sur lequel s'appuyait Philippe à cette époque, on savait que si on le déposait en bonne position au pied de la dernière ascension, la victoire était jouée… Compter le meilleur coureur du monde dans ses rangs, c'est à la fois un extrême privilège mais aussi une position par moments inconfortable, car toutes les autres équipes vous regardent."
Ainsi, lorsque Andy Schleck s'échappa seul peu après le sommet du Keutenberg, c'est Jelle Vanendert qui se mit à la planche pour son leader.
" Phil l'avait rebaptisé Rachid, s'amuse encore aujourd'hui le technicien de l'équipe Lotto-Soudal. Le Liégeois s'était retrouvé un instant isolé, mais je lui avais demandé via la radio de ne pas s'affoler car Jelle était dans le groupe juste derrière lui. Après que la jonction a été faite, il a pu assurer la poursuite derrière le Luxembourgeois qui n'a jamais compté un avantage de plus de 15 secondes. Mais pour permettre à Vanendert de récupérer quelque peu dans cette longue chasse, c'est… Philippe en personne qui se chargea de plusieurs relais en tête de groupe. Au pied du Cauberg, Schleck ne comptait alors plus qu'un très maigre avantage et on savait déjà que Phil allait gagner…"
Un pressentiment qui n'habitait pas seulement l'ancien champion de Belgique (1986).
"Rodriguez, qui avait été le premier à accélérer dans le groupe des favoris une fois Schleck repris, m'avait soufflé que lorsqu'il avait vu Phil le doubler quelques mètres plus loin, il s'était dit que le Remoucastrien était soit fou soit imbattable, continue Marc Sergeant. J'ai alors répondu au coureur de chez Katusha que le résultat de la course avait apporté une réponse assez évidente à son interrogation (éclats de rire)…"
Premier volet du triptyque des classiques ardennaises, l'Amstel Gold Race préfigurait déjà les prémisses d'une suite enchantée dont le boss de l'équipe Omega Pharma-Lotto n'avait pas encore perçu tous les contours.
"Après la classique néerlandaise, je me souviens que nous logions à Charleroi et que j'avais trouvé, à l'analyse de son visage, Phil un peu fatigué. Je lui avais soufflé que la meilleure option serait peut-être de ne pas trop se livrer sur la Flèche wallonne afin de tout miser sur Liège-Bastogne-Liège. Il m'avait répondu dans un grand sourire que c'était une excellente idée (rires) ! Mais on connaît la suite…"