Les 10 ans de l'année Gilbert (5/9) : "Le championnat de Belgique ? Ça roulait si vite que j'ai mis un tour à vider ma musette…"
Sur un parcours que l'on disait propice à un sprint, le Wallon avait su faire la différence sur l'unique faux plat du circuit.

- Publié le 17-06-2021 à 16h45
- Mis à jour le 29-07-2021 à 22h57

"On savait tous que l'attaque de Gilbert allait survenir à ce moment précis car ce faux plat montant en pavés était le seul endroit où il pouvait espérer y opérer une différence. Mais malgré cela, personne n'a pu prendre sa roue…"
Lâchée par Wilfried Peeters, le directeur sportif de la formation Quick-Step de Tom Boonen qui accompagnait le Liégeois et une quinzaine d'autres prétendants au titre de champion de Belgique 2011 dans le dernier tour du circuit d'Hooglede-Gits, la phrase sonne comme un aveu d'impuissance face au nouveau roi des Belges, Philippe 1er (Gilbert décrochera un second sacre national en 2016).
"Tout le monde présentait le circuit du National comme plus que probablement promis à un sprint cette année-là", se souvient Kenny Dehaes, équipier en 2011 du Remoucastrien chez Omega Pharma-Lotto. "Un mois avant la course au maillot tricolore, nous disputions le Tour de Belgique avec Phil et je me rappelle qu'il était venu me demander si je pensais qu'il pouvait s'imposer sur ce circuit car, comme je n'habite pas loin d'Hooglede-Gits, il savait que j'étais allé effectuer une reconnaissance. Je lui ai alors répondu qu'il était de toute façon capable de s'imposer absolument partout cette année-là tant il disposait d'une forme étincelante (rires)… Je lui ai ensuite précisé que s'il y avait un endroit où il pouvait faire la différence, c'était sur un tronçon pavés en léger faux plat montant que je connaissais bien pour y avoir disputé un championnat des Flandres chez les espoirs. Il m'a alors lancé sur le ton de la plaisanterie qu'il serait alors champion de Belgique…"
Quatre semaines plus tard, le ton de l'Ardennais est devenu nettement plus sérieux.
"À quatre tours de l'arrivée, Phil s'est porté à ma hauteur pour me demander de rouler pour lui, poursuit Dehaes. Je lui ai alors lancé 'Tu vas gagner ?', et il m'a répondu oui dans un regard plein de détermination."
Le groupe de favoris qui s'était dégagé après une centaine de kilomètres de course avait alors l'allure d'un carré VIP avec des coureurs de la trempe de Boonen, Devolder ou Meersman.
"C'est moi qui avais initi é ce mouvement de course, mais mon intention était alors de lancer une échappée que l'on qualifie de matinale plutôt que de déclencher la grande bagarre pour la gagne", rigole aujourd'hui Edwig Cammaerts (33 ans), le Namurois qui évoluait alors chez Landbouwkrediet. "Comme plusieurs grands noms ont pris ma roue, un groupe de très haut niveau dans lequel l'entente s'est immédiatement installée a pris du champ sur le reste du peloton. Au début je ne pensais pas réellement que cette manœuvre allait être décisive mais cela roulait tellement vite que j'ai ensuite compris qu'il ne serait pas possible pour nos rivaux de rentrer. Lorsque j'ai attrapé ma musette au ravitaillement, il m'a fallu un tour complet pour en vider son contenu tant je ne pouvais à aucun moment ou presque relâcher mon effort sous peine d'être distancé (rires)…"
Toujours présent avec le groupe des prétendants au titre national dans le dernier tour, celui qui dirige désormais un magasin de cycles à Andenne (un second, plus grand, ouvrira prochainement ses portes à Malonne) ne put répondre au démarrage de celui qui s'envolait vers son 12e succès de la saison.
" Lâcher de sa roue, et de cette manière, un mec comme Boonen qui évoluait pourtant sur un terrain qui lui était favorable, c'était très impressionnant… mais Philippe l'a été durant toute cette saison 2011. Au sommet, d'où il restait alors environ deux kilomètres jusqu'à la ligne, je pense avoir basculé en cinquième ou sixième position mais j'avais compris qu'on se battait désormais pour la seconde place car Phil a ensuite maintenu son allure sur un très gros braquet jusqu'à la ligne. À titre personnel, j'échoue au pied du podium (NdlR : Meersman 2e et Wallays 3e), mais ce résultat, confirmé ensuite par un bon Tour de Wallonie (5e du classement général final), m'avait ouvert les portes de l'équipe Cofidis, au sein de laquelle j'avais signé un contrat pour les trois saisons suivantes. Je ne peux donc certainement pas dire qu'il s'agit là d'un souvenir amer. Et lorsque je 'Phil' en course aujourd'hui, j'avoue qu'il m'arrive de repenser à ce moment (rires)…"