La Chronique de Jonathan Lange: Le crépuscule des dieux
Une Chronique signée Jonathan Lange.

- Publié le 11-03-2021 à 20h15
- Mis à jour le 15-03-2021 à 20h13

Souvenez-vous du printemps 2005. Le RWDM s'appelait toujours le FC Molenbeek Brussels et venait de rejoindre une D1 que Mons allait quitter et que Bruges dominait déjà malgré les 18 réalisations de Nenad Jestrovic longtemps à la lutte avec l'improbable Sambegou Bangoura pour le titre de meilleur buteur.
À l'époque, Italiens et Anglais régnaient sur l'Europe jusqu'à cet épilogue qui reste l'un des plus ébouriffants de l'histoire de la Ligue des champions dans cette nuit magique à Istanbul où Liverpool a fini par renverser l'AC Milan, passant de 0-3 à 3-3.
Ces souvenirs nous renvoient à une autre époque : celle où ni Cristiano Ronaldo ni Lionel Messi ne prenaient part aux quarts de finale de la C1, et l'histoire va se répéter après 16 ans d'une domination sans équivoque des deux monstres qui, sur la période, ont remporté le trophée à neuf reprises en marquant à eux deux 253 buts et en mettant la main sur onze Ballons d'or…
Leur absence du grand huit donne le vertige. Elle est aussi un marqueur du temps qui passe.
À l'époque, Cristiano Ronaldo n'était qu'une promesse, celle d'un grand talent aux passements de jambes étourdissants qui a ensuite explosé. Mais dont le crépuscule guette désormais depuis qu'il a quitté l'Espagne pour l'Italie avec ce zéro pointé.
Celui qui entoure sa participation au dernier carré où il avait ses habitudes durant huit ans et cette autre statistique qui fait mal : en trois saisons à Turin, CR7 a marqué 14 buts en C1, soit un de moins dans la compétition que lors de sa dernière année à Madrid. Ce qui charrie son lot d'interrogations pour un attaquant de 36 ans lancé dans ce combat contre le déclin.
Il y a 16 ans, Messi n'était lui qu'un murmure qui avait commencé à se propager après son baptême européen lors d'une défaite contre le Shakthar, celui d'un talent hors norme qui a justement défié la norme.
Son match à Paris résume son œuvre inachevée : l'Argentin a défendu comme très rarement mais il a manqué aussi ce penalty, connaissant un échec inédit depuis 2015 que son chef-d'œuvre ne fait pas oublier, entretenant aussi l'idée que cette frappe lumineuse serait peut-être sa dernière sous ce maillot dans cette compétition ou sa dernière tout court en C1.
Aborder le printemps européen sans eux doit mieux nous faire mesurer la chance d'avoir été les contemporains de deux des plus grands talents de l'histoire de ce jeu.
Elle fait aussi naître un nouveau frisson : comme la nature, la Ligue des champions a horreur du vide et elle s'est déjà retrouvé deux nouvelles têtes d'affiche : Erling Haaland et Kylian Mbappé. Pour un nouveau duel qui promet lui aussi de s'étirer. Parce qu'en 2005 le Norvégien avait 4 ans, le Français 6.