Coup droit à deux mains et jeu tout en toucher: découvrez le Su-wei style
La Taïwanaise de 35 ans, qualifiée pour la première fois de sa carrière pour un quart de finale de Grand Chelem, propose un tennis d'un autre temps avec notamment un coup droit frappé à deux mains.

- Publié le 14-02-2021 à 13h13
- Mis à jour le 14-02-2021 à 21h03

Dans le bas du tableau féminin, il ne faut que quelques secondes aux initiés et non-initiés du tennis international pour découvrir l'invitée surprise. Entre les anciennes reines du circuit Serena Williams, Simona Halep et Naomi Osaka, on retrouve la Taïwanaise de 35 ans Hsieh Su-wei qui a décroché ce dimanche son premier quart de finale en Grand Chelem en battant 6-4, 6-2 Marketa Vondrousova. Comment? En proposant un tennis qui semble venu d'un autre temps. Droitière, celle qui compte à son palmarès trois titres du Grand Chelem en double (NdlR : Rolang-Garros 2014, Wimbledon 2013 et 2019) joue son revers à deux mains mais aussi... son coup droit. En fait, à bien y regarder, elle joue un revers des deux côtés puisque la main opposée est toujours au bout du manche. Un style de jeu qu'elle tient d'une mauvaise habitude héritée de l'enfance. "J'ai commencé le tennis très jeune mais je n'avais qu'une raquette d'adulte. Alors je la tenais à deux mains pour qu'elle me paraisse moins lourde. Plus tard, mon père a essayé de me faire changer de prise mais je n'ai pas voulu : j'étais à l'aise comme ça."
Voilà pour la donnée technique, tactiquement la Taïwanaise, qui ressemble à une faible brindille, est bien loin de proposer un jeu physique, développé actuellement par la majorité des filles du circuit. Chez la 71e mondiale, on retrouve un jeu en toucher, en variations mais surtout en intelligence tactique. La puissance est remplacée par des trajectoires impossibles produites avec des coups à peine frappés, le but étant de toujours faire courir son adversaire ou de la surprendre en ne rentrant jamais dans un tennis de cadence. Et il n'est pas rare que Hsieh arrive sur les courts sans véritable plan tactique.
"Le Su-wei style ? C'est du tennis libre. Si je n'ai pas de plan, je peux faire ce que je veux, explique l'intéressée. Quand la balle arrive, je décide au dernier moment où je vais frapper. Parfois, mes adversaires me disent qu'elles ne savent pas où ma balle va partir, mais moi non plus."

Autre fait spécial dans le palmarès de la Taïwanaise, c'est qu'elle a dû attendre d'avoir plus de trente ans pour battre pour la première fois une fille du top 10 mondial. C'était à Roland-Garros 2017 avec une victoire 1-6, 7-6, 6-4 contre Konta au premier tour. Un déclic qui s'est produit dans des circonstances spéciales.
"Cette année-là je sortais avec mon petit ami depuis un an ou deux et c'était la première fois que ses parents venaient me voir jouer. Je jouais tellement mal au début de la rencontre que j'avais l'impression que ses parents dormaient. Alors, je me suis dit : 'Ok, peu importe ce qui arrive, je vais essayer de tout renvoyer et de faire mieux. Au moins, je veux les voir réveillés.' C'est comme cela que je suis revenue dans le match et que j'ai gagné. Après ce match, j'ai commencé à battre des joueuses du top 10."
Ce qu'elle devra à nouveau réaliser en quarts de finale où elle sera opposée à Naomi Osaka, troisième mondiale. Une joueuse contre qui Su-wei est dominée dans les confrontations directes (4-1) mais qui avec son jeu particulier a régulièrement ennuyé la Japonaise. Sa seule victoire avait été décrochée à Miami en 2019.
"Nous savons tous que c'est une très bonne joueuse. Je ne m'en fais pas, elle va probablement m'écraser sur le terrain mais je vais essayer de jouer mon jeu et on verra ce qui se passe. Je reste la même et j'essaie de rester positive. Si je ne gagne pas, j'espère que la quarantaine finira bientôt pour pouvoir profiter un peu et sortir."
Car malgré ses 35 ans, Hsieh Su-wei demeure très jeune dans sa tête : "J'essaie de faire croire que je n'ai que dix-huit ans. Mon esprit est très jeune. Cela aide beaucoup. C'est très difficile de voyager tout le temps et de jouer presque tous les tournois. Pour moi, le plus important est de rester heureuse, de savourer et de ne pas être blessée. Si je me blesse, je n'ai aucune idée de la manière dont je vais récupérer et comment je vais m'entraîner."
Un peu comme son jeu, ce sera au feeling.