Maxime Prévot : "Si je suis dragué par beaucoup, je ne suis fiancé à personne"
Pour la cinquième interview de la semaine des présidents de parti, la "DH" a rencontré Maxime Prévot, le chef du mouvement Les Engagés.
- Publié le 17-05-2024 à 06h44
- Mis à jour le 21-05-2024 à 10h46

Pour ce cinquième entretien, rendez-vous a été donné au sommet de la citadelle de Namur, au restaurant Le Fief de Namur. Nous y retrouvons Maxime Prévot, qui contemple avec affection la ville dont il est le bourgmestre.
Pourquoi avoir choisi le Fief de Namur ?
"Parce que nous sommes sur les hauteurs de Namur, certes une très belle ville. Symboliquement, je voulais témoigner du besoin que les hommes et femmes politiques prennent plus souvent de la hauteur dans les débats pour quitter les combats de coqs nombrilistes qui lassent les gens et ne servent pas l'intérêt de la démocratie. C'est aussi parce que c'est un lieu créé par de jeunes entrepreneurs qui ont osé prendre des risques et qui sont également les fondateurs du Gin de Namur."
Que vous appréciez ?
"Que j'apprécie. Tant les jeunes que le gin. Puisque l'un d'entre eux est candidat à mes côtés, Massimo Pira. C'est de surcroît une volonté de témoigner mon soutien à l'Horeca qui continue d'être confronté à de grosses difficultés."
Comment vivez-vous la campagne ?
"Je la vis avec beaucoup d'enthousiasme et de plaisir. Rien de comparable avec celle de 2019 où, lorsque nous allions au contact des citoyens, nous sentions que nous n'étions plus à la page. Aujourd'hui, tous mes candidats me relatent l'accueil bienveillant, chaleureux et intéressé que les citoyens leur témoignent quand ils vont sur le terrain."

Le dramaturge libano-canadien Wajdi Mouawad déclarait récemment : "Ce qui est vraiment radical aujourd'hui, c'est la nuance." Cette "radicalité", c'est ce qui définit le succès des Engagés ?
"On vit une période de clash permanent, de slogans faciles, de simplismes et populismes qui atteignent leurs cibles pour une partie de la population, mais qui irritent une grande partie des citoyens. Face à ce monde des caricatures et des raccourcis, encouragé par les réseaux sociaux qui incitent à délivrer un message d'une poignée de secondes ou en quelques caractères, je le dis et je le pense, défendre la nuance est devenu un acte de résistance. C'est aujourd'hui l'acte politique le plus courageux. Plutôt que de chercher à hurler avec les loups, à brosser les gens dans le sens du poil, expliquer qu'il n'y a jamais de réponses simplistes à un problème complexe, que les résultats ne s'obtiennent pas en claquant des doigts, c'est considérer avec respect l'intelligence des citoyens plutôt que de les abrutir à travers des messages caricaturaux. C'est le pari que nous voulons faire."
Les Engagés sont présentés comme le parti pivot pour la formation des futurs gouvernements. Vous êtes dragués par tous les partis. Allez-vous profiter de cette condition pour imposer l'un ou l'autre thème ? Et, si oui, lesquels ?
"Si je suis dragué par beaucoup, je ne suis fiancé à personne. Pour ce qui concerne l'après-9 juin, il y a deux choses à prendre en compte. La première, c'est les mathématiques. Quelles que soient les affinités que vous pouvez avoir, c'est tout de même la mathématique qui détermine les coalitions possibles. Le deuxième aspect, c'est le projet et les valeurs. C'est la raison pour laquelle les deux seules exclusives que je formule sont à l'égard de l'extrême droite et de l'extrême gauche. Jamais nous ne ferons d'alliance avec le Belang ni avec le PTB. Après, je considère qu'il y a de bonnes idées dans tous les partis. Je refuse la posture des partis de gauche ou de droite qui pensent être les seuls à détenir la vérité. Je pense qu'il y a un sens des responsabilités à devoir incarner sans basculer dans l'arrogance. Sur les enjeux de transition démocratique, sur la lutte contre le gaspillage de l'argent public, sur la volonté de réhabiliter l'œuvre de justice et de police, sur cet élément essentiel que sont la santé et l'éducation, nous regarderons qui a des ambitions aussi similaires que les nôtres."
Vous ne distinguez pas santé et éducation ?
"Pour moi, les deux vont de pair. Le premier enjeu est d'éduquer à la santé au travers de la prévention. C'est une des raisons pour lesquelles nous souhaitons doper les crédits octroyés à la prévention en matière de santé. C'est un aspect des politiques publiques qui a été trop négligé ces dernières années. Nous qui sommes le parti de la santé et du bien-être, on veut massivement investir dans la politique des soins, faire en sorte que les structures hospitalières disposent des moyens adéquats, que les soins soient financièrement plus accessibles pour les citoyens. Un Belge débourse en moyenne deux fois plus qu'un Français pour être soigné. Nous souhaitons supprimer ces limitations imposées aux étudiants pour devenir médecins.
Le fameux quota Inami ?
Oui. C'est un non-sens d'empêcher des étudiants motivés de devenir médecins et en même temps d'en importer des pays de l'Est. On veut revaloriser les métiers du soin. Intégrer davantage la pénibilité des infirmiers et des infirmières. Revoir les normes d'encadrement. Aujourd'hui, vous avez une infirmière pour 30 patients en gériatrie. C'est simplement insurmontable pour les personnes. C'est aussi l'absence de cette valorisation adéquate des conditions de travail, de la pénibilité du métier et du salaire qui amène près de 20 000 personnes qui ont un diplôme d'infirmier à ne pas pratiquer. La politique de soins est pour nous un élément essentiel, parce que c'est l'alpha et l'oméga du bien-être de la population. C'est pourquoi nous souhaitons porter un grand plan national de lutte contre le cancer."
Ce plan devrait donc être déployé également en Flandre.
"C'est une cause qui doit mobiliser toutes les strates de la lasagne institutionnelle belge. Qu'il s'agisse de lutte contre le cancer, contre les maladies cardiovasculaires ou bien de soutien et d'accompagnement à la démence et à la santé mentale. La santé mentale étant devenue aujourd'hui la principale crise sanitaire à laquelle nous sommes confrontés. Quand on voit l'explosion des burn-out, quand on voit l'explosion du décrochage scolaire, quand on voit qu'un Belge sur quatre aujourd'hui consomme des antidépresseurs, qu'un étudiant sur deux s'estime en dépression… Il est temps de réagir."
Et le lien avec l'éducation ?
"L'intégralité des problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui trouve soit leur source, soit leur solution dans l'éducation. C'est la mère de toutes les politiques."
Où pensez-vous pouvoir trouver cet argent pour refinancer le monde de la santé ? En augmentant les cotisations sociales ?
"Non. À travers la réforme fiscale de 50 milliards d'euros que nous avons exposée en septembre de l'an dernier et qui a d'ailleurs pu être saluée par un grand nombre d'observateurs. Cette réforme a vocation à redonner du pouvoir d'achat aux citoyens, alléger les charges sur les employeurs pour réamorcer la politique de création d'emplois et dégager de nouvelles marges budgétaires pour les réinvestir dans nos priorités, dont la santé, la justice, la police et l'éducation."
Cette réforme fiscale pourrait être une condition pour entrer dans un gouvernement ?
"Je ne pense pas qu'on puisse rentrer dans un gouvernement fédéral sans qu'il y ait une réforme fiscale ambitieuse."
Si vous deviez donner une note au gouvernement Vivaldi, quelle serait-elle ?
"5/10. Ça pourrait paraître généreux de la part d'un parti d'opposition, mais je n'ai pas envie de verser dans la caricature. Toutefois, de l'aveu même des présidents de partis qui composent la Vivaldi, le bilan du gouvernement est maigrelet. Je lui donne cinq points sur dix parce qu'il a au moins eu le mérite d'exister. Il faut reconnaître qu'il a traversé des crises qui ont été inédites. Mais, par contre, je regrette et dénonce l'incapacité qui était la sienne d'adopter des mesures structurelles, des réformes indispensables en matière de fiscalité, de sécurité, de pensions et même de climat, puisque le plan belge a été rejeté par la Commission européenne. Les partenaires ont consacré plus d'énergie à se disputer entre eux et à se féliciter d'avoir empêché que l'un des partenaires obtienne quelque chose plutôt que d'obtenir des résultats qui vont vraiment avoir des effets pour le futur. Les partis aujourd'hui sont trop obnubilés par les prochaines élections et trop peu par les prochaines générations."
Avez-vous d'autres lignes rouges à ne pas franchir pour rentrer dans un gouvernement ?
"On a plusieurs éléments d'exigence, notamment le financement des soins de santé ou le secteur de la sécurité. Il y a beaucoup d'ambitions que l'on porte et qui sont autant d'enjeux sur lesquels on veut se profiler. Une attention spécifique aux familles monoparentales, à l'accompagnement des familles confrontées au handicap et à l'autisme. Je rappelle que ça touche 15 % des familles en Belgique. Et pourtant, on a le sentiment qu'elles ne sont pas écoutées."
L'éducation ?
"Nous restons, évidemment, partisans de la mise en œuvre du Pacte d'excellence au niveau de l'enseignement. Mais, aujourd'hui, on considère que sur le terrain, les réformes qu'il porte sont insuffisamment accompagnées et il nous faut urgemment revenir aux fondamentaux. On fait face à une pénurie incroyable d'enseignants. Vous pouvez avoir la meilleure réforme que vous souhaitez, s'il n'y a personne dans les classes pour dispenser les savoirs, ça restera quelque chose de très beau, mais très théorique."
Êtes-vous en faveur d'une fusion des réseaux d'enseignement ?
"D'abord et avant tout, il faut harmoniser les règles entre les réseaux. Il n'y a pas de raison qu'un réseau soit financièrement discriminé par rapport à un autre. A fortiori lorsqu'il encadre le plus grand nombre d'élèves. Au niveau des règles de fonctionnement, on doit arrêter par exemple de ne pas tenir compte des années d'ancienneté dans le réseau quand un enseignant change de réseau. On doit aussi être dans une démarche où, pour pouvoir lutter contre la pénurie, on stabilise plus rapidement les enseignants. Nous souhaiterions que pour ces jeunes enseignants qui débutent, on puisse attendre, dans l'attente de l'éventuelle nomination, créer des CDI. Cela lui permettra de poser son projet de vie plus facilement."
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