Les 10 ans de l'année Gilbert (6/9): "Ce maillot jaune, il le voulait vraiment !"
Le 2 juillet 2011, Philippe Gilbert s'était imposé en puncheur au mont des Alouettes.

- Publié le 23-06-2021 à 16h32
- Mis à jour le 29-07-2021 à 22h57

Ils ne sont pas si nombreux que ça, les Belges à avoir porté le maillot jaune. Il n'y en a que 59. Le dernier à avoir eu l'honneur d'endosser la tunique à la couleur du soleil, c'est Greg Van Avermaet, en 2018. Être leader de la grand-messe de juillet, même pour un seul jour, n'est donc pas donné à tout le monde. Il ne faut pas laisser la moindre opportunité de le décrocher.
Cette opportunité, Philippe Gilbert l'avait parfaitement saisie en 2011, dans son année de rêve. Sur cette édition, le Liégeois avait l'avantage de ne pas devoir se farcir un prologue ou un contre-la-montre pour débuter le Tour de France. Et, surtout, il avait à sa disposition une arrivée taillée pour lui, au sommet du mont des Alouettes, avec une ligne tracée au bout d'un final pour les puncheurs. Une catégorie de coureurs à part dans le peloton, dont le Wallon était tout simplement le meilleur, à l'époque.
"Dans notre équipe Omega Pharma-Lotto, on savait tous que Philippe était vraiment très motivé par cette première étape du Tour de France", témoigne Jurgen Roelandts. "Il voulait la victoire. Et le maillot jaune qui allait avec à l'arrivée de cette première journée. Ce maillot de leader, il le voulait vraiment. Et nous aussi !"
La formation belge a pris les choses en main à l'approche de l'arrivée, au bout d'une étape très nerveuse, en Bretagne. Du départ au passage du Gois, plusieurs chutes ont déchiré le peloton. Notamment quand Maxim Iglinskiy, de la formation Astana, a heurté une spectatrice trop avancée sur la route. Alberto Contador, le vainqueur sortant, s'est retrouvé impliqué dans cette gamelle collective et a perdu plus d'une minute en entrée.
"Cela avait vraiment été chaotique dans la fin de l'étape", poursuit l'ancien champion de Belgique, aujourd'hui retraité des pelotons. "Mais notre équipe s'en était bien tirée. Jurgen Van Den Broek, qui visait le classement général, était toujours dans le bon peloton et nous avions plusieurs éléments pour préparer la victoire d'étape de Philippe Gilbert. Avec André Greipel, Marcel Sieberg, Jelle Vanendert et moi. On a fait un bon lead-out pour Phil."
Avec les spécialistes du sprint avant la montée finale, Sieberg et Greipel. Avant que Jelle Vanendert ne prenne le relais au début de la pente. Imitié ensuite par Jurgen Roelandts, qui a tenu longtemps, à imprimer un tempo élevé dans les derniers kilomètres.
"C'était dur, j'ai essayé de tenir le plus longtemps possible, jusqu'au moment où je n'en pouvais plus", décrit celui qui entraîne désormais des jeunes coureurs mais est aussi directeur sportif de la formation continentale britannique Trinity Racing. "Je m'en souviens encore. Mon rythme cardiaque était vraiment monté très haut quand j'ai dû céder le relais."
Il y a alors eu plusieurs attaques d'équipes rivales. Emmenées par les grands noms de l'époque. Comme Alexandre Vinokourov dans un premier temps. Avant que Fabian Cancellara ne sorte à son tour, creusant un petit écart. Mais Philippe Gilbert, avec son maillot de champion de Belgique franchement décroché une semaine plus tôt à Hooglede-Gits, a contré. Et a grappillé mètre après mètre pour revenir dans la roue du Suisse. Une fois la jonction réalisée, le Belge ne s'est pas relevé. Il a directement embrayé pour s'isoler en tête à un peu plus de 400 mètres de l'arrivée située au mont des Alouettes, où il a pris son envol, résistant au retour de Cadel Evans, le futur vainqueur du classement final. Il s'agit, à ce jour, de la seule victoire d'étape de Philippe Gilbert sur le Tour de France.
"Avec tout ce qu'il avait montré cette saison-là, dès le Tour d'Algarve, avant de quasiment tout gagner sur les classiques et de revenir en mode victorieux dans la foulée sur le Tour de Belgique, le Step ZLM Toer et le championnat de Belgique, on avait vraiment confiance en lui pour cette ouverture du Tour de France et nous étions contents du boulot réalisé", ajoute Jurgen Roelandts. "Le soir de l'étape, c'était vraiment spécial d'avoir le maillot jaune avec nous. Je n'ai connu ça qu'une seule fois dans ma carrière. On se doutait que cela allait être de courte durée avec un contre-la-montre par équipe le lendemain. Un chrono que nous n'avions pas reconnu, au contraire du final de cette étape au mont des Alouettes, où nous misions vraiment sur Phil."
Le Liégeois a en effet perdu le maillot jaune sur cette deuxième étape, remportée par les Garmin-Cervelo de son ami Thor Hushovd, qui lui a pris le maillot de leader.