Les dix ans de l'année de Gilbert (8/9): sur le toit du monde après le GP de Québec
En remportant le GP de Québec, sa 5e classique en 2011, Philippe Gilbert a été assuré de finir la saison en numéro 1 mondial.
- Publié le 10-09-2021 à 15h58
- Mis à jour le 10-09-2021 à 19h52

Le vendredi 9 septembre 2011, Philippe Gilbert est dans une position idéale pour terminer l'année en no 1 mondial. Le Liégeois doit pour cela grappiller les six points qui le séparent de Cadel Evans au classement du WorldTour. Une 9e place dans les quatre classiques qui restent à son programme suffirait à son bonheur car l'Australien, qu'il a côtoyé chez Lotto et qui redeviendra son équipier chez BMC dès 2012, a mis un terme à sa saison après sa victoire au Tour de France.
Pourtant, Gilbert rate le coche à Plouay (57e), sur un circuit pourtant taillé pour lui.
"Je n'y étais pas, avoue-t-il. Dans la tête, il me manquait quelque chose et j'ai fini dans le peloton, incapable d'accélérer."
Moins de deux semaines plus tard, à Québec, il retrouve la motivation et part en chasse des quelques unités qui lui font encore défaut. Mais le Wallon va devoir se débrouiller seul. Pour épauler son leader (qui vient d'annoncer son futur départ chez BMC), Omega Pharma-Lotto n'a pas envoyé outre-Atlantique la meilleure formation.
"J'étais seul dans la finale, j'ai dû laisser le soin aux autres de travailler ", dit l'Ardennais qui, après sa victoire n'avait pas été tendre. "Je me suis demandé si j'avais un seul coéquipier aujourd'hui. J'étais sur la route avec une mauvaise équipe."
Esseulé, Gilbert profite du travail des Rabobank de Robert Gesink, vainqueur un an plus tôt à Montréal, et il se retrouve dans un groupe qui se dispute la victoire. Le final va être intense. Dès le pied de la dernière difficulté, le champion de Belgique porte une terrible accélération. Il reste plus de deux kilomètres et demi et Philippe Gilbert va les avaler à fond, précédent de quelques dizaines de mètres, parfois moins, un Gesink dans le rouge lui aussi.
"Je me retournais souvent et chaque fois qu'il revenait un peu, je me redressais sur les pédales, ça n'en finissait pas. Dans les derniers mètres, quand j'ai compris que j'allais gagner, je me suis relevé pour savourer."
Quelques instants plus tard, alors qu'il vient de remporter, après l'Amstel, la Flèche wallonne, Liège-Bastogne-Liège et la Clasica San Sebastian, une cinquième classique cette saison (seul Eddy Merckx ou Freddy Maertens ont réussi cela), Gilbert tombe dans les bras de ses parents, invités au Canada.
Deux jours plus tard, c'est assuré de finir la saison en no 1 mondial que le Belge se présente au départ de la deuxième classique canadienne, le GP de Montréal.
"Dommage qu'il n'y ait pas de maillot pour mettre en évidence ce meilleur coureur de la saison", dit-il encore à propos d'une récompense que jamais des champions comme Rik Van Steenbergen, Rik Van Looy, Johan Museeuw ou Tom Boonen n'ont pu conquérir.
Dès le début de la course, Gilbert va connaître une belle frayeur. Le Québécois Dominique Rollin, de la Française des Jeux, chute devant lui. Philippe Gilbert ne peut l'éviter et tombe dans les barrières Nadar. Groggy, le coureur d'Omega Pharma reste au sol.
"Je pensais avoir le coude fracturé et que ma saison allait se terminer comme ça, sans que je puisse courir le Mondial ou la Lombardie", témoigne-t-il.
Finalement, il repart et, cette fois, aidé de ses équipiers auxquels il lance : "Je suis plus dur que l'asphalte", il reprend place dans le peloton. Malgré une main et une hanche douloureuses, il monte finalement sur le podium. Le peloton a trop tergiversé pour revenir sur un trio d'échappés, dont Rui Costa et Pierrick Fedrigo seront les deux rescapés, mais à cinq cents mètres de la ligne, Philippe Gilbert joue son va-tout. Il sort du peloton et part en chasse des attaquants. Avec son équipier Jurgen Roelandts dans la roue, il déborde Gerald Ciolek mais vient mourir sur les talons des deux fuyards. Le tandem échoue aux 3e et 4e places.
"Cela a été un sprint fou", se rappelle l'ancien coureur brabançon, devenu directeur sportif de la formation continentale britannique Trinity, qu'il dirige actuellement sur le Tour de Grande-Bretagne. "J'étais dans sa roue à fond, mais incapable de relayer Philippe. Vraiment, à cette époque, personne n'était aussi explosif que lui, sur le plat, dans les côtes ou les faux plats."
Un des huit Belges numéro 1 mondial
Sous ses différentes appellations, Desgranges-Colombo, Super Prestige, Classement Ficp, ProTour, World Tour ou Classement mondial Uci, une hiérarchie est établie depuis 1948 dans le peloton sur base des résultats obtenus dans toutes ou dans les principales courses. À 17 reprises, un Belge a fini la saison en tête de ces différents challenges ou classements : Briek Schotte (1948), Stan Ockers (1955), Fred De Bruyne (1956 à 1958), Herman Van Springel (1968), Eddy Merckx (1969 à 1975), Freddy Maertens (1976 et 1977), Philippe Gilbert (2011) et Greg Van Avermaet (2017).